Vendredi 24 juillet 2009 5 24 /07 /Juil /2009 13:40
J'ai tué ma mère
Un film de Xavier DOLAN



Sortir à peine à l'air libre et se dire, enfin, enfin un bon film. Certains film donnent ce sentiment d'avoir paradoxalement tout saisi de l'instant et invite pourtant à un second visionnage pour être sur de ne pas avoir été trompé. Et bien souvent ce sont ceux là aussi qu'on ira voir une troisième fois en y emmenant son amour sa mère ou soi-même encore et encore. Et quelques années après seulement, fatigué et vautré dans un écroulatoir devant la télé, ce même film paraît soudainement sans couleurs et sans charme. Le mystère reste total. Le cinéma comme un instantané en miroir de ce qui nous apparaissait jusque là comme un jour morne et tranquille et qui devient un moment entêtant et fragile.


En allant voir "J'ai tué ma mère, je ne m'attendais à rien de spécial. Mais comme le dis Hubert à sa caméra à propos du regard que l'on porte sur la vie et les gens, assis presque nu sur le bord de sa baignoire dans un exercice périlleux mais réussi d'auto fiction, "on dit que c'est spécial parce que la différence fait peur". "Spécial" ça ne fait pas peur. Le film de Xavier Dolan est spécial, pardon différent. Et c'est cette différence qui en fait toute sa valeur. Disons qu'il tombe bien au bon moment. Dans 5 ans devant ma télé je ne sais pas. Mais là, en ce premier soir de vacances d'été, sous un ciel froid et chargé de pluie, tandis que mon amour est loin, je n'ai rien à perdre et vais m'enfermer dans une petite salle au troisième rang, la nuque cassée en deux pour rendre plus distant un écran au ras du plafond.

L'inconfort est oublié et le public silencieux, immédiatement captivé par le charme de ce beau gosse de 20 ans (17 ans dans l'histoire), Xavier Dolan himself qui nous explique avec une sobriété en noir et blanc pourquoi il a tué sa mère. Ok, on n'y croit pas une seconde, personne n'est dupe mais là n'est pas le but du film. Rien que dans le titre, inutile d'avoir fait ne serait-ce qu'une petite année de psycho pour savoir que tuer sa mère ou son père est un passage obligé pour l'enfant, et blalabla... Faire de cette ritournelle un film semble casse gueule au premier abord. Mais Xavier Dolan s'en sort bien, très bien même puisque dès les 5 premières minutes il parvient à nous faire oublier ce mauvais titre et ce qu'on imaginait devoir subir comme non-suspense. L'ado est un diable de beauté et d'intelligence, loin de la carricature ingrate du jeune et de sa publicité récurrente qu'on nous sert à la louche dans tous les films du moment. Non ici, un rien snob mais toujours classe et pertinent, Hubert étonne et distribue des baffes à toutes les pensées préconçues sur la jeunesse des années 2000 . La mère, loin d'être parfaite, a des faux airs lisse de ne pas y toucher. Ces deux là se haissent, et même les rares instants de réconciliation restent en demi teinte. Zéro consensus.

Hubert, complètement désorienté par la haine qu'il voue à cette femme avec qui il est obligé de cohabiter jusqu'à ses 18 ans nous confie : "si quelqu'un lui faisait du mal je ne pourrais pas m'empêcher de le tuer, et pourtant il existe 100 personnes dans ma vie que j'aime plus que ma mère". Tout le film se lit via le prisme de cette interrogation du jeune homme, pourquoi n'aime t'-il pas sa mère, et quel est le lien qui résiste pourtant avec vigueur aux coup de ciseaux d'une violence inouïe entamant la relation. Drôle de sujet, pour un film qui ne l'est pas, mais force est de constater que le talent est indéniablement présent tant à l'image qu'à la narration. Aucun ennui, la forme et le fond se courent après, quand l'un s'essouffle l'autre reprend le rythme.

Peut-être une utilisation trop forcée de quelques flash back sur l'enfance, filmés caméra à l'épaule et qu'on aurait déjà vu et revu ici ou là. Et une musique gentillette, du sous Yann Tiersen, là où on aurait bien vu un rock agressif qui pique et qui gratte. Pour le reste, le film se savoure à toute vitesse et colle aux doigts des heures durant, avec ce doux parfum suave qu'on veut faire goûter à tout le monde. Même la scène d'amour sur fond de Vive la Fête aurait pu tomber dans les clichés, au lieu de quoi le corps à corps des deux garçons empreinte à la grâce toute sa férocité et sa jeunesse. Le thème de l'homosexualité ne fait pas l'objet du film même si en filigrane certaines vérités sont dites, sur les rites de passage obligatoires et le coming out adolescent (agressions homophobe, bel ange croisé dans les allées du pensionnat, jeune prof vainement amoureuse de son élève explicitement gay, court circuit des infos qui met la mère au pied du mur). Bien au contraire, Dolan insuffle à son cinéma comme une évidence et se débarrasse des manières ampoulées de bien des ses aînés. La seule et belle référence qui me soit venue à l'esprit est celle d'un étrange mix des Enfants et des Parents terribles, avec dans le rôle titre un Michel/Paul, avec pour visage les traits de la bonté et ceux de la cruauté de l'enfance. Et les tempêtes issues de ce drôle de mariage balaient contenances et bienséances en un grand coup de vent dont on ne sait jamais jusqu'à quel point il pourrait être fatal...

Un beau film sur lequel il reste beaucoup à dire. Mais pour en être sûr, il faudra le voir au moins une seconde fois, après quoi on pourra se lécher les doigts pendant quelques années encore avant de se demander quel en était le parfum...
Par Marie Durden
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